'admission des femmes aux festins et du droit de boire du vin.

uand Noé eut planté la vigne, disent les auteurs arabes, turcs et persans, Satan lui conseilla de l¹arroser du sang de sept animaux, savoir : du lion, de l¹ours, de la hyène, du chien, du renard, du chacal et du coq. Depuis ce temps les raisins, qui jusqu'alors n'avaient eu qu¹une couleur, en revêtirent plusieurs, et leur suc produisit l¹ivresse, dans laquelle se manifestèrent les vices de ces sept animaux. ( traité des origines des Arabes, Persans et Turcs, par Alided).

ette ingénieuse allégorie, applicable surtout aux vins alcooliques des contrées plus chaudes que la Bourgogne, tels que les vins d¹Espagne, du Portugal, ou ceux de l'Italie et de la Grèce, ne peut être invoquée en Bourgogne que dans des cas exceptionnels. Peu de vins sont supportés aussi facilement que les nôtres lorsqu¹ils sont pris avec modération ; je parle de nos bons vins vieillis sans procédés et sans mélange, de ces vins dont M. le Comte Odard écrivait qu'ils sont d¹une telle qualité, qu'ils mériteraient de remplir l'antique coupe d'Hercule pour être vidée par un nouvel Alexandre, et qui, blancs ou rouges, sont si coulants, qu'on aurait plus à déplorer la mort du vainqueur et de ses convives, comme il arriva au conquérant macédonien. (Traité des cépages.- La coupe d¹Hercule contenait deux congés, c'est à dire 6 litres 474.)

ussi n'est-il jamais venu à l'idée de nos aïeux d'exclure les femmes de leurs festins et de leur interdire l¹usage du vin ; et, si l'habitude de donner un baiser sur la bouche est aussi fréquent en Bourgogne qu¹en Italie, il n'a pas été besoin pour cela que la loi intervînt et ordonnât à la femme de se laisser embrasser par tous les membres de la famille, afin que chacun pût constater qu'elle n'avait point bu de vin.

elle était, en effet, la loi romaine sous les rois, alors qu'elle punissait de mort la femme qui était trouvée en état d'ivresse, et qu'un citoyen qui avait tué sa femme pour avoir dérobé les clefs du cellier était acquitté par Numa (Pline) ; telle elle était encore à la fin de la république. Sous les empereurs, quoique la permission de boire du vin eût été accordée aux femmes, la loi continua à reconnaître le droit des parents de donner le baiser sur la bouche ; ce dont se plaint amèrement Properce qui reproche à Cynthia, son infidèle maîtresse, de se donner de faux parents, afin de ne pas manquer de baisers permis par la loi. ( Quin etiam, falsos fingis tibi saepe propinquos, oscula ne desint qui tibi jure ferant.)

oin de défendre aux femmes de boire du vin, nos ancêtres tenaient à l'honneur de vider le verre dans lequel elles avaient trempé leurs lèvres ; et, maintenant encore, il est d'usage dans les repas que les femmes prennent part aux toasts qui peuvent être portés, et Dieu sait jusqu'où, dans certains cas, le nombre de ces toast s'est élevé !


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